« J'espère que les Français sont fiers. », oui Gabby, nous le sommes !

Le 31 octobre dernier, Gabby Williams se présente en conférence de presse, quelques minutes après avoir été élue MVP des finales WNBA, une distinction que seul Tony Parker avait obtenue dans l'histoire du basket français. Les Golden State Valkyries, sa franchise, pourtant créée il y a seulement deux ans, viennent de remporter le titre suprême lors du match décisif face à Atlanta, emmenées par leur ailière française, auteure de 28 points en seconde période.

Sa première pensée va aux Bleues : « Je ne serais pas là sans l'équipe de France. » La phrase n'a rien d'une formule : en 2021, elle avait accepté d'être suspendue pour toute la saison par le Chicago Sky, qui refusait qu'elle manque une partie du championnat pour disputer l'Euro et les Jeux de Tokyo avec la France. L'ancienne prodige du saut en hauteur (plus jeune athlète engagée aux sélections olympiques américaines de 2012), que l'on avait quittée dévastée après la finale de Coupe du monde perdue face aux Américaines justement, conclut ainsi une saison historique, qui fera date dans l'histoire du basket, hommes et femmes confondus.

Et que dire du contexte de son exploit, réalisé sous une pression que seuls les médias outre-Atlantique savent concocter. La veille du match 1, ESPN publie son classement des quinze meilleures joueuses des finales : Gabby Williams est deuxième, derrière Angel Reese, jeune star d'Atlanta élue défenseuse de l'année (là aussi devant Gabby Williams). La réponse de Williams est brève mais efficace : « Les médias ne m'ont jamais respectée. Je ne m'y suis jamais attendue. »

Le début de la série donne pourtant raison à ESPN. Au match 2, Reese signe 30 points et 16 rebonds, pendant que Williams finit à 3 sur 15 au tir, visiblement perturbée par l'enjeu. Au match suivant, Atlanta bat à nouveau les Valkyries, et Reese mime le geste « trop petites » face aux joueuses de Golden State.

Une provocation inutile. Les Valkyries remportent les matchs 4 et 5, et Reese change de discours : elle se plaint de l'arbitrage en conférence de presse (« Gabby m'a tirée exprès, et ils ne l'ont pas sifflé »). Le Dream gagne ensuite le match 6, et Gabby Williams, interrogée sur l'horaire avancé de la rencontre, refuse de chercher la moindre excuse : « Elles ont joué à la même heure que nous, non ? » Place au match 7 historique du 31 octobre. Sans véritable superstar, les Valkyries auront montré qu'avec un collectif soudé et une défense de fer, rien n'est impossible.

En 2026, Gabby Williams aura donc (presque) tout gagné : l'EuroLigue avec Fenerbahçe au printemps, le titre WNBA avec les Valkyries à l'automne, et entre les deux une médaille d'argent au Mondial avec la France. Un exploit rendu possible par le calendrier de la WNBA, qui se joue de mai à octobre et laisse aux joueuses l'hiver pour les compétitions européennes. Cela revient peu ou prou à gagner la même année la Ligue des champions et la Copa Libertadores, tout en disputant une finale de Coupe du monde.

Et Gabby Williams n'est pas la seule Française à briller outre-Atlantique. Il y a d'abord l'alien, Dominique Malonga. Vingt ans, 1,98 m, choisie en deuxième position de la draft 2025 par Seattle : Malonga a été sélectionnée cet été au All-Star Game dès sa deuxième saison, et elle y est devenue la plus jeune joueuse de l'histoire à réussir un dunk, un geste encore rare dans le basket féminin.

Il y a ensuite MJ23, Marine Johannès, qu'on ne présente plus. À 31 ans, elle reste l'une des joueuses les plus spectaculaires (et irrégulières ?) du monde. Un monstre quand elle est en confiance, Johannès reste l'un des fers de lance de l'équipe de France.

Janelle Salaün, coéquipière de Williams aux Valkyries, peut défendre aussi bien sur les arrières que sur les intérieures. Iliana Rupert, autre intérieure des Bleues, a elle aussi porté le maillot des Valkyries lors de leur première saison. À la mène, Pauline Astier, 24 ans, a fait ses débuts en WNBA cette année et a été retenue dans l'équipe type des rookies, un an après Leïla Lacan, meneuse du Connecticut Sun née à Rodez, qui figurait parmi les meilleures rookies de la saison 2025.

Un réservoir inédit pour le basket français, dont nous pouvons être fiers, et qui fait dire à The Take que ces Françaises ont de l'or dans les mains. Il y a deux ans, les Bleues avaient perdu la finale olympique d'un seul point. Prochain rendez-vous : Los Angeles, en 2028, pour faire taire une nouvelle fois Angel Reese et décrocher la seule couleur de médaille qui manque encore à cette génération.