Le Ballon d'Or 2026, décerné cette année à Londres (heureux hasard), aura été le plus indécis depuis des années, et force est de constater que le résultat annoncé le 26 octobre n'a pas vraiment clos le débat.
Harry Kane l'a emporté devant Kylian Mbappé et Lamine Yamal. Il est le premier Anglais récompensé depuis Michael Owen en 2001, et le premier lauréat depuis Lionel Messi en 2019 à gagner sans avoir remporté ni la Ligue des champions, ni un grand tournoi international. Si l'on excepte les deux ovnis Cristiano et Messi, il est le premier dans ce cas depuis Ronaldinho en 2005 (année du titre surprise en LDC de Liverpool à Istanbul), et avant lui Andriy Shevchenko en 2004 (année du titre de la Grèce à l'Euro), autre Ballon d'Or contesté a posteriori.
Kane a réalisé une saison statistique record, c'est incontestable. Le règlement demande aux cent jurés désignés par France Football de juger la saison selon trois critères : les performances individuelles et le caractère décisif du joueur, puis le palmarès collectif, et enfin, un critère plutôt subjectif : la classe et le fair-play. Il ne dit cependant pas comment les pondérer, et selon le critère que l'on fait passer en premier, le classement de cette année change du tout au tout.
Kane a remporté la Bundesliga et la Coupe d'Allemagne, mais est-ce vraiment un exploit ? Comment omettre cette Coupe du monde, où Kane n'était que le deuxième ou troisième meilleur joueur de son équipe ?
Quand aucun des critères de sélection ne désigne clairement un vainqueur, il nous semble logique de revenir à la question la plus simple : qui est aujourd'hui le meilleur joueur du monde ? Pour nous, la réponse est Lamine Yamal, et c'est selon nous lui qui aurait dû recevoir le trophée.
Voici le classement que nous aurions rendu si The Take avait eu un bulletin.
1. Lamine Yamal (FC Barcelone, Espagne)
3e au classement officiel
Le meilleur joueur du monde, tout simplement. Élu meilleur joueur de la Liga pour la deuxième saison de suite, champion d'Espagne avec le Barça et auteur de 24 buts toutes compétitions confondues, Yamal a manqué la fin de saison sur blessure, y compris le Clásico qui a offert le titre à son équipe. Il est revenu (tant bien que mal) à temps pour gagner la Coupe du monde avec l'Espagne, à dix-neuf ans, en disputant tous les matchs importants. On aurait aimé le voir plus décisif pendant le tournoi, mais on est aussi en droit de penser qu'il est le joueur le plus ciblé par les défenses qu'il affronte. Aucun autre joueur n'a réuni sur la même période un titre national, un titre mondial et une telle influence sur le jeu de ses deux équipes.
2. Ousmane Dembélé (PSG, France)
7e au classement officiel
On le disait en surchauffe, incapable de reproduire sa saison du Ballon d'Or, mais Ousmane Dembélé a su faire mentir ses détracteurs. Malgré les blessures qui lui ont fait manquer une partie de la saison, il a été royal et décisif en phases finales de Ligue des champions : un doublé à Anfield en quart de finale, deux buts lors du 5-4 contre le Bayern en demi-finale aller, un but dès la troisième minute du match retour à Munich, puis le penalty de l'égalisation en finale contre Arsenal, avant la victoire du PSG aux tirs au but. Il a également affiché des progrès nets en équipe de France pendant la Coupe du monde, même s'ils restent insuffisants au regard du niveau qu'il a atteint avec Paris. Ces derniers lui permettent tout de même de passer devant Kvara, troisième de notre classement.
3. Khvicha Kvaratskhelia (PSG, Géorgie)
6e au classement officiel
Avec Messi et Fabián Ruiz, c'est le joueur le plus difficile à classer. L'UEFA l'a élu meilleur joueur de la Ligue des champions, et son printemps fait mieux que tenir la comparaison avec celui de Dembélé : deux buts lors du 5-4 contre le Bayern, la passe décisive pour l'ouverture du score au match retour, puis le penalty obtenu en finale. Si la Coupe du monde n'avait pas eu lieu, il serait sans conteste Ballon d'Or. Mais la Coupe du monde a bien eu lieu, sans la Géorgie (devancée par l'Espagne et la Turquie en qualifications), et Kvara paie également le débat interne au PSG avec Dembélé, que même le club n'a pas su trancher. Ses performances en Ligue 1, en demi-teinte, ne l'aident pas davantage.
4. Michael Olise (Bayern Munich, France)
9e au classement officiel
Une saison majuscule. Son classement officiel est également un manque de respect majuscule. Olise a été le meilleur passeur de la Bundesliga, avec trente-quatre buts et passes décisives en championnat, et c'est lui, et non Kane, que la Bundesliga a élu joueur de la saison. Il a terminé co-meilleur passeur de la Ligue des champions, avec huit passes décisives, puis a délivré sept passes décisives pendant la Coupe du monde, un record pour un seul tournoi qui appartenait à Pelé depuis 1970. Enfin à l'aise en équipe de France, il paie peut-être le fait de n'être officiellement le numéro un ni en club, ni en sélection. Pour nous, il fait partie du podium des plus beaux joueurs à voir jouer cette saison.
5. Kylian Mbappé (Real Madrid, France)
2e au classement officiel
À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Cinquante buts, le Pichichi en Liga, le titre de meilleur buteur de la Ligue des champions, le Soulier d'or de la Coupe du monde avec dix buts, et le record de buts dans l'histoire de la compétition, avec vingt-deux réalisations : Mbappé a tout gagné cette année, sauf un match qui comptait. Le Real Madrid a fini deuxième de la Liga et a été éliminé en quart de finale de la Ligue des champions, et la France a perdu sa demi-finale en Coupe du monde. Il est déjà une légende, mais l'exigence qu'on lui applique va de pair avec les attentes qu'il place en lui-même. Le classer plus haut serait un manque de respect envers le joueur qu'il pourrait, qu'il devrait être. Après tout, il est l'élu.
6. Harry Kane (Bayern Munich, Angleterre)
Vainqueur du Ballon d'Or
On a longtemps eu le sentiment qu'il n'était pas reconnu à sa juste valeur. Au-delà des statistiques délirantes, Kane a eu sur le jeu de ses équipes un impact positif que l'on avait rarement vu chez un numéro 9 depuis un certain Karim Benzema. Les jurés ont fini par dépasser la tenace image de loser peu charismatique qui lui collait à la peau, de Tottenham à l'Angleterre, et on ne peut pas leur reprocher de récompenser une telle saison. Mais dans les deux matchs qui pouvaient la faire basculer, la demi-finale de la Ligue des champions contre le PSG et celle de la Coupe du monde, son équipe a été éliminée, et Kane a été relativement transparent.
7. Lionel Messi (Inter Miami, Argentine)
5e au classement officiel
Du jamais vu : le GOAT, tout simplement. Oui, il joue en MLS, et il a probablement eu davantage que ses pairs le loisir de se préparer pour cet été. Mais les images comptent, et le niveau affiché par Lionel Messi à trente-neuf ans, pendant sa sixième Coupe du monde, mérite à lui seul une place dans le top 10 de ce classement : huit buts, quatre passes décisives, et une finale perdue seulement en prolongation contre l'Espagne. Il a porté presque seul une équipe d'Argentine guerrière et joueuse, mais limitée techniquement et physiquement. Historique, tout simplement.
8. Declan Rice (Arsenal, Angleterre)
15e au classement officiel
Autre manque de respect de la liste officielle… Poumon du milieu d'Arsenal et leader désormais emblématique de la génération de Gunners qui a vaincu la malédiction, il a disputé cinquante-cinq matchs et porté le club jusqu'à son premier titre de champion d'Angleterre depuis vingt-deux ans. Il a aussi atteint la finale de la Ligue des champions, perdue aux tirs au but contre le PSG. Indispensable en sélection jusqu'en demi-finale de la Coupe du monde, il a signé une saison ultra-complète, à l'image du joueur.
9. Rodri (Manchester City, Espagne)
4e au classement officiel
Une Coupe du monde en forme de revanche pour l'ancien Ballon d'Or, ou Rodrigo Hernández Cascante pour les intimes. Rouage essentiel de la Roja, il a été élu meilleur joueur du tournoi sans marquer ni délivrer la moindre passe décisive, ce qui dit tout de son influence. Pep Guardiola avait tout vu avant tout le monde : « Vous verrez le meilleur Rodri à la Coupe du monde. » Pas grand-chose d'autre à signaler, malheureusement, pour un joueur qui n'a cette année encore pas été épargné par les blessures, et qui a dû se faire opérer du dos après le Mondial. Les jurés ont surtout jugé son été ; nous avons regardé l'ensemble de la saison.
10. Fabián Ruiz (PSG, Espagne)
10e au classement officiel
Le bug dans la matrice de ce classement. Titulaire dans les deux meilleures équipes de l'année, clubs et sélections confondus, il est le seul joueur de ce top 10 à avoir gagné à la fois la Ligue des champions et la Coupe du monde, et il compte désormais cinquante sélections avec l'Espagne sans la moindre défaite, une statistique incroyable. Son utilité n'est plus à prouver, mais il n'est jamais LE joueur décisif de ces équipes. Les jurés l'ont eux aussi classé dixième : c'est la seule place sur laquelle nous sommes d'accord avec eux.
