2026 devait être l'année du renouveau. Avec leur nouvelle réglementation, Liberty Media, la FIA et les dirigeants du monde de la F1 avaient fait le pari de moteurs dont la moitié de la puissance vient désormais de l'électrique, et de monoplaces plus légères et plus compactes. Ils espéraient ainsi relancer le spectacle dans un sport qui cherche en permanence à rendre son « produit » attirant pour ses audiences. À l'heure du bilan, et alors qu'Andrea Kimi Antonelli vient de devenir le premier champion du monde italien depuis Alberto Ascari en 1953, la F1 a surtout réussi à se fâcher avec ses pilotes et une partie de son public.
Le premier à avoir dégainé, dès les essais de pré-saison, c'est Max Verstappen. Le quadruple champion du monde batave qualifiait alors les nouvelles règles d'« anti-racing », et racontait plus tard avoir troqué son simulateur contre une Nintendo Switch, afin de pouvoir s'entraîner sur Mario Kart. Ambiance… Le problème tient en une expression : la gestion de l'énergie. Pour faire simple, la place prise par l'électrique change complètement la manière de piloter. La batterie se recharge dans les virages et se vide en ligne droite. Une voiture qui n'a plus de batterie peut perdre jusqu'à 50 km/h en bout de ligne droite, ce qui crée un phénomène que médias et pilotes ont surnommé le « yo-yo racing ».
Sur le papier, les chiffres sont en effet flatteurs : dès le premier Grand Prix, en Australie, on a compté 120 dépassements, contre 45 un an plus tôt. Mais pour les aficionados de la F1, un dépassement obtenu parce que l'adversaire n'a plus de batterie n'aura jamais autant de panache qu'un freinage tardif et maîtrisé.
La qualification, elle, a également été sacrifiée. Le tour lancé est devenu un exercice de gestion, plutôt que le moment où les pilotes vont chercher les limites de leur monoplace. À Suzuka, le toujours piquant Fernando Alonso (45 ans et toujours sur la grille !) allait même jusqu'à comparer les virages rapides à des stations de recharge pour véhicules électriques.
Et il y a en réalité plus inquiétant. Lors du même week-end au Japon, Oliver Bearman, pilote Haas, a tapé le mur à près de 300 km/h, avec un choc mesuré à 50 G, surpris par la différence de vitesse avec l'Alpine de Franco Colapinto, qui le précédait.
Et le sport dans tout ça ?
Le titre d'Antonelli reste historique, et c'est un exploit majuscule : il est le plus jeune champion du monde de l'histoire de la F1. Mercedes a certes écrasé la première partie de saison et tué tout suspense dès les premières courses, mais peu de gens auraient parié que Kimi surclasserait George Russell, son coéquipier. Après des années à attendre son tour pour avoir la meilleure monoplace, l'Anglais n'aura pas répondu présent une fois en situation.
Chez Ferrari, la cohabitation entre Lewis Hamilton et Charles Leclerc tourne au vinaigre, notamment à cause du regain de compétitivité du septuple champion du monde anglais (l'effet Kardashian ?). Ces échauffourées entre les deux pilotes interrogent : Charles Leclerc a-t-il finalement un plafond de verre ? Peut-il vraiment être le numéro un d'une équipe championne du monde ? Autant de questions auxquelles doit répondre Fred Vasseur, le manager français de l'équipe au cheval cabré, fortement critiqué par une presse italienne pas toujours indulgente avec l'écurie de Maranello.
Quant à Verstappen, il a finalement prolongé chez Red Bull jusqu'en 2030, malgré des mois de sous-entendus menaçants sur une éventuelle retraite anticipée. Il a probablement été convaincu par le nouveau visage d'une écurie autrichienne qui s'est séparée de Christian Horner à l'été 2025. Et c'est lui qui a gagné au Mexique, le jour du sacre d'Antonelli.
Samedi, à Interlagos, des qualifications folles sous la pluie ont rappelé qu'il suffisait d'un peu d'eau pour remettre les compteurs à zéro : 84 minutes d'interruption, Lando Norris en pole position, et Fernando Alonso en Q3 pour la première fois de la saison. Si la FIA revoit sa copie sur la gestion de l'énergie, 2027 pourrait enfin offrir ce que 2026 avait promis : un duel entre le plus jeune champion du monde de l'histoire et le meilleur pilote de sa génération, qui se jouerait au freinage, et non plus à la batterie.
